Brigitte Dussert : vous aimez la Bourgogne, ses vignerons, cette osmose entre ces sols et un cépage unique...

Patrick Dussert-Gerber : je n’aime pas tous les vins de Bourgogne, certains sont dilués, d’autres trop barriqués à outrance pour séduire des marchands spécifiques, notamment à l’export... mais, c’est vrai, ceux que j’aime, j’y suis fidèle.

J’apprécie aussi l’intelligence quand elle est suffisamment courageuse pour rejeter un certain critique américain quand il se pointe pour donner des leçons. Peu l’ont fait, les Bourguignons, oui.

En Bourgogne, les grands vins blancs secs seront parfaitement matures, surtout avec cette équilibre qui leur manquait parfois ces dernières années. À Chablis, 2007 sera élégant, dans le style de 2004 qui est un grand millésime. C’est la même chose à Meursault, à Puligny-Montrachet ou en Corton-Charlemagne, qui gagnent en finesse et en élégance.

Ici, on ne s’excite pas à faire des vins “putassiers”, privilégiant ce qui doit l’être : le terroir et le fruit.

Quand on se promène entre les murets qui entourent les vignes des Grands Crus, on voit qu’à quelques mètres de distance le sol ne produit pas les mêmes crus. L’altitude des vignes, selon qu’elles se situent à 150 ou 300 m, l’inclinaison des pentes (les meilleurs vins proviennent des mi-pentes), la richesse des sous-sols en ressources minérales, en sodium, en oligoéléments… Tout concourt ici, dans un “mouchoir de poche”, à faire la différence entre un bon vin et un vin sublime. Ajoutez à cela l’exposition (fondamentale) face aux mouvements du soleil, un territoire pauvre où la terre est rare, et vous comprendrez l’extrême diversité des grands vins bourguignons.

Pour les grands vins blancs, notamment ceux qui proviennent du Chardonnay, il faut bien comprendre que les temps plus frais sont toujours synonymes de grands millésimes. Ce n’est pas pour rien si c’est au-dessus de la Loire que se plaisent quelques-uns des plus grands vins blancs secs du monde.

On ne fait pas de grands vins blancs les années trop chaudes ou dans des territoires trop ensoleillés, exception faite de la Provence, où des cépages comme le Rolle ou l’Ugni blanc s’accomodent particulièrement bien à ce climat estival.

Millesimes

Mais, de grands vins de Chardonnay comme ceux de la Côte de Beaune, on n’en fait ni en Languedoc, ni au Chili, ni en Californie. Alea jacta est.

Brigitte Dussert : là encore, il faut des vins équilibrés, avec une bonne acidité...

Patrick Dussert-Gerber : l’acidité est un facteur qualitatif important : c’est ce qui donne la chair et la typicité de ces grands vins blancs secs, c’est ce qui fait ressortir la minéralité du terroir et leur apporte cette finesse, cette élégance, cette grande fraîcheur indispensable à leur vieillissement.

Quand on goûte un très grand Meursault de 20 ans, on est séduit par cette vivacité exceptionnelle qui le fait ressembler à un vin jeune. C’est ce qui fait la force des grands vins blancs bourguignons qu’aucun autre vin blanc sec au monde ne peut offrir. Sans acidité, il n’y a pas de potentiel de garde réel. C’est ce qui conserve la fraîcheur dans les vins, rouge ou blanc d’ailleurs, c’est ce qui leur permet de ne pas s’aplatir, de devenir “mous”.

__Brigitte Dussert : la qualité du millésime 2007, pour les rouges, est plus hétérogène ? __

Patrick Dussert-Gerber : il est franchement très difficile de généraliser la qualité du millésime 2007 pour les rouges. Succinctement, ils auront peut-être un potentiel de garde un peu inférieur à 15 ans, ce qui n’est déjà pas mal. Ce seront des vins flatteurs assez rapidement, on les appréciera jeunes. Ceux qui ont vendangé trop tôt feront incontestablement un “petit” millésime, il fallait attendre la maturité, ne pas être pris de panique. Les propriétaires que nous connaissons et soutenons ont suffisamment d’expérience et de recul, et c’était nécessaire en 2007.

Le 2007 est un millésime de vigneron et de terroir. Les millésimes 2004, 2002, 2001, 2000 et 99 sont très savoureux. Exceptionnel 2004, en blanc comme en rouge, qui côtoie donc un 2003 très atypique, qui me rend dubitatif à chaque fois que j’en débouche une bouteille. Le grand 2005 suit le 2004, dans les deux couleurs, et demande de la patience. Actuellement, il y a de superbes bouteilles en blancs dans les millésimes 2000, 99, 95 ou 89, alors que les meilleurs rouges développent leur attrait dans les millésimes 99, 97, 89 ou 85.